Ou une première note, les premiers mots que j’y dépose, pour répondre à la question suivante :
Quelle est la plus importante qualité d’un professeur de yoga et pourquoi?
Le premier mot qui m’est venu à l’esprit, c’est Humilité. Bien qu’il pourrait y en avoir plusieurs autres, tel que la compassion et la gentillesse, l’humilité se démarque comme posture intérieure d’ouverture, de curiosité et de révérence envers les autres.
L’humilité est à la fois une manière d’être avec autrui et une façon de se percevoir soi-même. Face à autrui, elle invite à l’ouverture et à la curiosité face à ce que chacun porte et peut contribuer en termes d’expérience, de réflexions et de connaissances. Chaque personne est un enseignant, si l’on peut être réceptif aux enseignements présents dans chaque facette d’une interaction, d’une interrelation. Cette réceptivité est cultivée dans l’humilité, en ce qu’elle implique une capacité d’écoute de l’autre libre des filtres d’une perception de soi grandiose ou supérieure à autrui. Se percevoir soi-même, avec justesse et clarté, sans appliquer de filtres conceptuels ou de construits cognitifs qui soient déformants sur la réalité de ce que l’on est, n’est pas chose facile. Nous sommes conditionnés, par notre éducation tant à la maison qu’à l’école ou en société, à intégrer l’égo, un sens de soi qui nous éloigne et nous distingue des autres, nous individualise. Ahamkara, en sanskrit, réfère à cet égo, ce faiseur-de-Je. Souvent perçu comme un ennemi, un voile entre le réel et la perception du réel, quelque chose à dépasser et dissoudre.
Mais l’égo n’est pas l’ennemi, il n’est pas utile de se battre contre celui-ci. L’égo est telle une interface d’interaction entre l’intérieur et l’extérieur, il peut être modelé et modulé de manière à faciliter les échanges entre la réalité subtile et le monde manifeste. Ceci est possible par un travail profond d’introspection, de méditation, et une reconnaissance progressive de notre nature profonde. Ce chemin de reconnaissance n’est pas linéaire, mais s’expend et se dévoile, soutenu par une dévotion du coeur, au rythme qui convient à chacun. Alors petit à petit, pas à pas, d’un souffle à l’autre, ahamkara devient perméable et l’on réalise l’unité de toutes choses. Chaque objet, chaque être vivant, tout, fait partie d’une même étoffe, d’une même toile de réalité inextricablement tissée des mêmes éléments. Et de cette reconnaissance profonde naît l’humilité en tant que révérence envers le grand Tout, envers la diversité des formes du réel, envers la manifestation d’Isvara en chaque être.
Ainsi, l’humilité est ouverture, curiosité et révérence.
Dans la posture, dans le rôle de professeur de yoga, l’humilité permet d’entrer en relation sincère avec les élèves, ceux-ci étant également porteurs d’enseignements. Elle permet d’accueillir avec ouverture et curiosité l’ensemble de l’expérience subtile et manifeste des élèves, en se reconnaissant en eux, comme eux, avec une révérence pour la magnificence de la réalité qui se déploie, d’instants en instants, de souffle en souffle. L’humilité est donc la qualité la plus importante pour un professeur de yoga, qui prend la responsabilité d’être un guide sur le chemin de la reconnaissance de l’unité du réel chez ses élèves, en sachant que ce chemin ne peut être marché à la place de ceux-ci.
Dans ma manière d’enseigner et d’accompagner, je reviens, encore et encore, à cette humilité‑là : me laisser enseigner par les personnes devant moi, par leurs corps, leurs histoires, leurs silences, autant que par les textes et les traditions.